Suis-je un cordonnier mal chaussé ? (DDD9661 - 2e billet)

J’ai été un peu déstabilisé des vidéos sur les jeux sérieux et ce, pas en raison des idées qui étaient présentées, mais plutôt parce que ma thèse porte sur le jeu mathématique en classe du primaire. Pourquoi est-ce que je n’ai jamais pensé utiliser des jeux avec mes étudiants[1]?

 

Le jeu est encouragé par le milieu de la psychologie pour son côté ludique (Freud, 1927), pour le développement socioaffectif (Winnicott, 1971) et le développement des interactions sociales (Vygotsky, 1978). Des chercheurs du domaine de l’éducation recommandent le jeu pour le développement intellectuel (Palacio-Quintin, 1987) et pour la motivation (Ernest, 1986). Ces lectures, je les ai faites en pensant à des élèves et je n’ai jamais envisagé, jusqu’à maintenant, changer de « lunettes » afin de considérer mes étudiants.

 

Au cours du doctorat, j’ai trouvé difficile de créer cinq « bons » jeux mathématiques et je me demande si cela ne m’a pas inconsciemment freiné pour mon enseignement universitaire. Lors de la conférence Serious Play Montréal 2019, j’ai entre autres découvert l’utilisation jeu Assassin’s Creed : Originspour l’enseignement de l’histoire et le processus de développement d’un jeu vidéo mathématique par la compagnie Ululab. 



L’expertise informatique nécessaire et les nombreuses heures de travail de ses deux exemples m’apparaissent une tâche impossible pour moi seule. Les élèves du primaire ont été émerveillées par mes jeux faits à partir de dés, de jetons et de carton découpé. Je crains que mes étudiants universitaires trouvent des jeux que je développerais « enfantins ». De plus, créer un jeu nécessite différentes phases d’essais dont je ne dispose pas à l’université. Enfin, il y a tellement de détails à concevoir dans un jeu (p.ex. les règles et la mécanique), mais aussi dans l’utilisation en classe (p.ex. rôle des étudiants et du professeur) que j’ai encore des réticences.

 

Je ne ferme pas complètement la porte puisque je sais à quel point les jeux sont une activité riche (Héroux, soumis). Je crois que cette prise de conscience me permet d’apporter des changements à mon éventuel programme de recherche. La suite de mes travaux inclura dorénavant les jeux pour l’enseignement de la didactique des mathématiques me permettant de développer mon expertise en enseignement supérieur.


Références :

Ernest, P. (1986). Games: A rationale for their use in the teaching of mathematics in school. Mathematics in School15(1), 2-5.

Freud, S. (1927). Au-delà du principe de plaisir(S. Jankélévitch, trad.). Paris : Payot.

Héroux, S. (soumis). Étude exploratoire de l’activité mathématique durant des jeux en classe du primaire (Thèse de doctorat).Université du Québec à Montréal.

Palacio-Quintin, E. (1987). Apprendre les mathématiques: un jeu d'enfant. Québec : Presses de l'Université du Québec.

Vygotsky, L. S. (1978). Mind in society: The development of higher mental process. Cambridge, MA : Harvard University Press.

Winnicott, D. W. (1971). Playing and reality. Milton Park : Psychology Press.

 


[1]Afin de faciliter la lecture, j’emploie dans ce billet étudiant pour parler d’une personne de niveau collégial et universitaire et élève pour parler d’une personne de niveau primaire et secondaire.









Commentaires

  1. Bonjour Sabrina,

    Je comprends tout à fait votre sentiment de déstabilisation à la suite de vos lectures sur les jeux sérieux. En fait, je me suis également demandé pourquoi je n’utilisais pas le serious game dans mes activités de développement professionnel. Or, je crois que nous utilisons ce dispositif dans notre pratique, mais à plus petite échelle que les exemples connus de ludification comme Assassin’s Creed (Joly-Lavoie, 2017) ou Minecraft (Karsenti et Bugmann, 2017). N’oublions pas que la définition du jeu sérieux selon Alvarez (2017) est un dispositif qui associe le jeu à des fonctions utilitaires par la diffusion d’un message, l’entrainement et la collecte de données. Cela signifie que l’intégration de jeux-questionnaires rétroactifs ou de jeux numériques créés avec une plateforme comme Genially pourrait répondre aux critères de la définition d’Alvarez.

    De mon côté, lorsque j’ai relativisé ma compréhension du concept, cela m’a permis de passer outre l’expertise technologique nécessaire, les phases d’essais ou les autres détails qui semblent insurmontables. Comme le mentionne Alvarez (2017b), il existe une diversité de jeux qui nous permettent de rejoindre les goûts et les intérêts de divers apprenants. De la même façon que vous le faites dans vos recherches avec les élèves du primaire, je crois que vous serez en mesure de trouver le bon jeu pour développer les bonnes compétences de vos étudiants. Cela dit, ce ne sont pas tous les types de connaissances ou de compétences qui se mobilisent par le jeu. Une bonne stratégie de design pédagogique (Basque, 2004) reste encore une fois la clé!



    Liste de références

    Alvarez, J. (2017a). Entrevue avec Julian Alvarez (1) : Qu’est-ce qu’un jeu sérieux? Récupéré de https://vimeo.com/200876783/e9c8f47aeb

    Alvarez, J. (2017b). Entrevue avec Julian Alvarez (2) : La place du jeu sérieux en éducation. Récupéré de https://vimeo.com/200881778/973de656f8

    Basque, J. (2004). En quoi les TIC changent-elles les pratiques d’ingénierie pédagogique du professeur d’université? Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 1, 7‑13.

    Joly-Lavoie, A. (2017). Assassin’s Creed : Synthèse des écrits et implications pour l’enseignement de l’histoire. McGill Journal of Education/Revue des sciences de l’éducation de McGill, 52(2), 455‑469.

    Karsenti, T. et Bugmann, J. (2017). Transformer l’ école avec Minecraft ? Résultats d’une recherche menée auprès de 118 élèves du primaire.

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  2. Tout comme Laury, c'est l'extension du concept de jeu sérieux à une diversité de genres et au-delà du numérique qui m'a réconcilié avec cet outil pédagogique que je comprenais plutôt comme étant associé au jeu numérique. L'exemple donné par Julian Alvarez (2017a) dans son entrevue par rapport aux jeux d'échecs pour l'enseignement des mathématiques m'a particulièrement interpellé. De même que sa mise en garde, soulevée aussi par Sabrina, à éviter une pensée magique qui ferait du jeu sérieux une ressource pédagogique garante d’efficacité. La mise en place de ce type d'outil doit découler d'une planification pédagogique soignée. En prenant les pour et les contre, exposés par Alvarez, et en vous lisant, je me dis qu'on peut bien se prêter au jeu!

    Alvarez, J. (2017a). Entrevue avec Julian Alvarez (1) : Qu’est-ce qu’un jeu sérieux? Récupéré de https://vimeo.com/200876783/e9c8f47aeb

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